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(1830) LOULOU, Louloutte [lulut]. Garçon, fille. - T. d'affection
" je suis toujours ta petite louloutte [sic], vieux monstre! "
(Balzac).
Telle est la définition que donne de ce joli mot le Petit Robert,
le bien nommé en l'occurrence puisque les " figurines sculptées
de Sabine Cherki " sont toutes petites, y compris leurs mignons
petits tétons.
Bref, vous l'avez déjà compris ses sculptures ne me laissent
pas indifférent
Comme surgies d'un rêve, elles arrivent
de l'imaginaire, arrêtées dans un temps qui ne passe plus,
comme le souvenir vivant que l'on peut avoir d'évènements
forts. Elles s'imposent ainsi doucement, dans le balancement faussement
maladroit de leurs cuisses solides, dans l'élan d'un corps qui
pour être encore un peu pataud, n'en est pas moins léger
et dansant, ou les mains et les bras servent de balancier à leur
tentative d'envol. Souvent seulement vêtues d'un chapeau ou d'une
coiffe, on les dirait invitées à une fête de lilliputiens,
jouissant de leur propre joie sans s'intéresser aux immenses
humains qui sont là à les reluquer, malhabiles dans leurs
regards et leurs mouvements, ne les saisissant qu'avec pudeur et précaution,
comme si elles continuaient , malgré ou grâce à
leur petitesse à symboliser leur idéal de la femme
Et puis, si vous vous penchez très lentement vers certaines d'entre
elles, vous les entendrez sans doute se confier des secrets drôles,
un peu lestes même, les affirmant d'une cambrure de leurs reins,
de leurs fesses épanouies, de leur petit ventre arrondi, d'un
port de tête altier et d'un regard décidé. Plus
loin, en retrait, la songerie un peu nostalgique d'une autre, ou sa
pose alanguie vous feront comprendre que pour être petites elles
nous ressemblent étonnamment, tant Sabine Cherki sait faire sortir
les sentiments et l'expression du bronze. Cette maîtrise du matériau
semble ainsi passer par la contrainte du trait dans le dessin, puis
dans l'uvre sculptée, la main ayant le souvenir du regard.
Maîtrise aussi du poli de la matière qui vient rajouter
de la joliesse à la petitesse. Ne croyez pas surtout que cette
référence au petit soit une minoration de son travail,
bien au contraire. Pour venir de notre souvenir ou de notre rêve,
ces " demoiselles " doivent emprunter le chemin qui se déploie
dans notre tête;
C'est sans doute la raison pour laquelle elles n'en dépassent
la taille que de peu, et rarement. Disons pour le sourire qu'elles font
penser à une " fée Clochette " qui aurait bon
appétit, mais qui n'en perdrait pas pour autant son aptitude
à voler, bienfaisante et réconfortante de présence.
Oui, elles sont là et bien là, les loulouttes, chacune
défendant qui d'un regard, qui d'un geste, son intégrité
de petit être malicieux ; où l'enfance observée
nous rappelle nos propres gestes imprécis et imparfaits, lorsque
étant tout petits encore, nous nous appuyions sur notre nudité
pour une séduction immédiate et non surfaite. L'expression
" ils sont restés de grands enfants ", convenant parfaitement
en l'occurrence, puisque ceux qui sont restés de grands enfants
sont des êtres humains qui n'ont pas voulu, pas su, ou pas pu
grandir. Et comme si cela ne suffisait pas, elles s'ingénient
à nous abreuver de regards tendres, amusés, interrogateurs,
surpris. Leurs petits minois en cachent des idées
j'imagine
très bien un monde de Hobbits habité de ces charmantes
créatures, et l'envie me prend alors de me faire tout petit
C'est ainsi qu'elles se sont présentées à nous,
lors du vernissage à la Galerie de l'Écusson. Rassurez-vous,
si vous entrez dans la galerie de manière à ne pas les
déranger, vous devriez pouvoir en observer la grâce jusqu'au
3 janvier;
Ah ! une dernière question, un peu inquiète, à
Sabine Cherki : je n'ai pas pu voir le moindre loulou, dans ce chapelet
de loulouttes. Tranquillisez-moi, vous savez bien comment elles se reproduisent,
vous qui les avez fait naître pour notre plus grand plaisir !!
Jean Gelbseiden
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